Des détails qui n’en sont pas

Écrit pour le magazine web, « Le portail zen ».
Mars 2017

En décembre dernier, j’ai vécu un accompagnement hors de l’ordinaire; une dame allemande, anglophone, veuve, sans enfant et dont les quelques membres de la famille habitaient à l’étranger.

Ma présence auprès d’elle était donc devenue une grande source de réconfort, non seulement pour elle personnellement, mais pour la famille trop éloignée pour assurer une présence continue, bien que sa condition se détériorait rapidement.

Le soir de son décès, je me suis retrouvée seule à son chevet. J’ai l’habitude auprès d’une personne qui vient de décéder, de faire une toilette au corps, pour redonner à cette personne un peu de dignité, avant le départ pour le salon funéraire.

Durant l’accompagnement, la famille et moi avions pris l’habitude d’échanger régulièrement sur Skype et je savais que ce soir-là n’y manquerait pas non plus. Je savais aussi que cette dame serait incinéré et que ce dernier moment d’au-revoir pourrait à lui seul transformer pour eux toute l’expérience, car difficile de vivre un décès à distance et de ne plus revoir le corps par la suite.

Ce moment de soin au corps peut sembler macabre, pour qui ne l’a jamais vécu… mais c’est en fait un moment sacré dans le parcours de cette expérience et que je trouve fort important. Un moment où on prend vraiment le temps de s’arrêter. J’ai mis de la belle musique, ai choisi des vêtements, ai préparé tout ce dont j’avais besoin pour ce rituel.

Je souhaitais offrir à la famille, une image beaucoup plus sereine, qu’uniquement celui du dernier souffle. J’avoue ce soir-là m’être moi-même dépassée… Elle était tellement belle et son visage était si serein que le personnel venait à tour de rôle dans la chambre constater par eux-mêmes le résultat, tout en lui faisant leurs adieux.

Comme le médecin ne pouvait venir que le lendemain matin authentifier le décès, j’ai passé la nuit auprès du corps avec des bougies et de la musique et ai répondu à de nombreux appels de proches qui avaient appris la nouvelle de son décès. La magie de Skype a permis que je puisse installer le portable, de sorte qu’à tour de rôle, chacun d’eux a pu la voir une dernière fois et lui faire ses adieux.

Moments bien sûr très touchants et très intimes, bien que la plupart lui parlait en allemand et donc que j n’ai pu saisir ce qu’il se disait. Je pouvais toutefois sentir dans leur voix et leur énergie toute leur tristesse et leur affection aussi.

Rituels de Noël

La période des fêtes qui approche peut devenir un moment que l’on redoute à la suite de la perte d’un être cher….. Les rituels sont une belle façon de traverser ce passage d’une année qui se termine, pour préparer celle à venir et davantage encore en ces circonstances particulières.

Comment faire de ce temps de l’année, un moment où il n’y aura pas que la tristesse qui habitera votre cœur ?…Il n’y a malheureusement pas de recettes miracles pour empêcher les émotions de se manifester ou les souvenirs de remonter à la surface. Se donner le droit de les vivre est d’abord la première chose à faire. Il se peut que vous ne souhaitiez pas faire la fête en groupe ou en famille. Sachez que vous avez cette liberté de choisir.

Cela ne veut toutefois pas dire de rester seul à pleurer. Faites-vous plaisir dans une soirée cocooning : bon bain chaud, chandelles, film qui vous fait du bien, petite coupe de vin, repas simple mais réconfortant, pyjama confortable et bas chaud…un temps juste pour vous, où vous n’aurez pas besoin de faire semblant d’être de bonne humeur, où vous n’aurez pas de rôles à jouer.

Et pourquoi ne pas écrire une longue lettre à la personne chère qui vous a quitté…mettez sur papier tout ce que vous aimeriez lui dire ou n’avez pas eu le temps de dire, que ce soit de la colère, de la tristesse ou simplement partager ce qu’est devenue votre vie depuis son départ, les prises de consciences faites ou simplement combien cette personne vous manque. Parlez-lui comme si elle était devant vous, sans vous censurer…ne relisez pas la lettre ensuite et brûlez-la. Voyez partir dans la fumée votre tristesse, votre peine, votre colère, votre incompréhension ou simplement votre gratitude d’avoir croisé son chemin et remerciez pour ce moment que vous venez de passer ensemble.

Offrez à cette personne de poursuivre sa route dans la sérénité et demandez-lui de vous aider à faire de même. Cela ne veut pas dire que vous allez l’oublier…mais simplement que vous poursuivrez votre parcours chacun de votre côté, en gardant en votre cœur cet espace bien précieux de la relation que vous avez eue ensemble.

Voici quelques autres suggestions qui pourraient vous interpeller. N’hésitez pas non plus à créer vos propres rituels, en fonction de votre histoire personnelle….

.Allez prendre une longue marche et ayez une conversation intime avec l’être cher…revenez et préparez-vous une bonne boisson chaude. Faites ensuite quelque chose pour vous faire plaisir….

.Allumez plein de chandelles dans la maison et offrez à l’être cher des intentions pour que la suite de son parcours soit paisible. Allumez-en aussi pour vous, en vous souhaitant tout autant de sérénité……

.Bricoler un scrapbook où vous y mettrez des photos que vous aimez particulièrement et inscrivez au bas, l’histoire de ce moment ou des commentaires qui vous viennent simplement…

.Invitez quelques personnes qui l’ont bien connue. Organisez un souper et prenez ce temps pour échanger de bons souvenirs partagés avec l’être cher ou simplement de pouvoir exprimer en toute liberté et sans jugement les émotions qui vous habitent depuis son départ…..

Peu importe ce que vous choisirez de faire, ces moments devraient vous apporter un certain bien-être, du réconfort, une plus grande paix intérieure. Vous vous sentirez plus léger, un peu mieux disposé à entreprendre cette nouvelle année qui commence bientôt, avec l’impression que vous êtes plus près que jamais de cette personne aimée dont la présence physique vous manque…le cœur n’oublie jamais..

Hélène Giroux
Accompagnatrice
Article écrit en décembre 2016

Des détails qui n’en sont pas

En décembre dernier, j’ai vécu un accompagnement hors de l’ordinaire; une dame allemande, anglophone, veuve, sans enfant et dont les quelques membres de la famille habitaient à l’étranger.

Ma présence auprès d’elle était donc devenue une grande source de réconfort, non seulement pour elle personnellement, mais pour la famille trop éloignée pour assurer une présence continue, bien que sa condition se détériorait rapidement.

Le soir de son décès, je me suis retrouvée seule à son chevet. J’ai l’habitude auprès d’une personne qui vient de décéder, de faire une toilette au corps, pour redonner à cette personne un peu de dignité, avant le départ pour le salon funéraire.

Durant l’accompagnement, la famille et moi avions pris l’habitude d’échanger régulièrement sur Skype et je savais que ce soir-là n’y manquerait pas non plus. Je savais aussi que cette dame serait incinéré et que ce dernier moment d’au-revoir pourrait à lui seul transformer pour eux toute l’expérience, car difficile de vivre un décès à distance et de ne plus revoir le corps par la suite.

Ce moment de soin au corps peut sembler macabre,  pour qui ne l’a jamais vécu…mais c’est en fait un moment sacré dans le parcours de cette expérience et que je trouve fort important. Un moment où on prend vraiment le temps de s’arrêter. J’ai mis de la belle musique, ai choisi des vêtements, ai préparé tout ce dont j’avais besoin pour ce rituel.

Je souhaitais offrir à la famille, une image beaucoup plus sereine, qu’uniquement celui du dernier souffle. J’avoue ce soir-là m’être moi-même surpassée…. Elle était tellement belle et son visage était si serein que le personnel venait à tour de rôle dans la chambre constater par eux-mêmes le résultat, tout en lui faisant leurs adieux.

Comme le médecin ne pouvait venir que le lendemain matin authentifier le décès, j’ai passé la nuit auprès du corps avec des bougies et de la musique et ai répondu à de nombreux appels de proches qui avaient appris la nouvelle de son décès. La magie de Skype a permis que je puisse installer le portable, de sorte qu’à tour de rôle, chacun d’eux a pu la voir une dernière fois et lui faire ses adieux.

Moments bien sûr très touchants et très intimes, bien que la plupart lui parlait en allemand et donc qu’à part le ton de la voix, je ne pouvais savoir ce qu’ils se disaient. Mais combien reconnaissants ils ont été ! D’abord de savoir que je passais la nuit auprès du corps, puis de savoir que j’avais pris ce temps pour bien préparer cet ultime rendez-vous.

Ce geste en apparence bien simple ne l’était pas du tout à leurs yeux. Préparer le corps aurait pu sembler un détail, car le salon refait habituellement le travail. Mais pour le travail du deuil de la famille, je trouve essentiel de poser ces gestes qui sont toujours appréciés et très réconfortants.

Hélène Giroux
Accompagnatrice en fin de vie
Article écrit en mars 2017

L’amour

Le mois de février est depuis longtemps considéré comme le mois de l’amour. Je suis gourmande, un mois ne me suffit pas pour le vivre, l’exprimer, en distribuer partout sur mon passage !

Je ne parle pas ici simplement de l’amour d’un être pour une autre personne…je parle de l’amour universel. Celui qui donne son sens même à notre existence !

Je suis convaincue que notre mission à tous ici-bas c’est justement de répandre sur autrui, sur le monde entier, le plus d’amour possible. Je crois profondément que l’amour guérit tout, qu’il élève celui qui en bénéficie, qu’il soigne celui qui souffre, qu’il apporte réconfort à celui qui est triste, qu’il peut même faire des miracles !

À travers les accompagnements que j’ai effectué auprès des personnes en fin de vie, j’ai appris que ce qui donne du sens à la vie, mais aussi à la mort, ce n’est pas ce qu’on a accumulé dans notre existence, ni la notoriété qu’un emploi nous aura apporté, ni la reconnaissance sociale, ni ce qu’on est devenu, ni ce que contient notre compte de banque ou le nombre de placements effectués…..ce qui donne du sens et qui reste à la fin, quand tout devient futile, c’est l’amour.

L’amour est le plus bel héritage de notre parcours terrestre, celui qui permet, même lorsque la vie s’étiole, de regarder derrière et de se dire combien on a été privilégié, combien on a grandi, de quelle façon on a pu faire une différence pour autrui et d’en être fier.

L’amour est le message ultime de cette vie. Lorsqu’on saisit cela, plus rien n’est pareil,  la vie comme la mort peuvent désormais avoir un sens !

Hélène Giroux
Accompagnatrice, auteure, conférencière
Écrit en février 2016